Guerre et Paix

La campagne de Russie a beaucoup inspiré les écrivains. Georges Sand a évoqué dans Histoire de ma vie l’effarement des français devant la disparition de cette immense armée jamais vaincue. Balzac, dans l’Adieu et le Médecin de campagne, raconte la retraite de Russie, la pagaille du butin, les femmes et les enfants qui suivent en désordre les troupes françaises et le piège de la Bérézina.
Tolstoï dans Guerre et Paix peint mieux que personne, d’Austerlitz à la catastrophe française de 1812, la fresque de cette folle incursion jusqu’à Moscou dans les immensités de l’empire russe et la parade que se jouèrent Napoléon et le général Prince Koutouzov. Son point de vue est clair, les chefs de guerre ne décident rien, trop d’éléments incontrôlables, d’ordres non appliqués et de rapports erronés. Ils ont été portés par une lame de fond qui a déplacé et broyé 600 000 hommes d’Ouest en Est avant de refluer d’Est en Ouest.


Dans une Russie ou toute l’aristocratie est francophone, le génie de Tolstoï donne vie, aux combats et aux quêtes d’une foule de personnages en lutte pour l’amour, l’honneur, la fortune et une inaccessible paix traquée sur les champs de bataille ou dans les salons. Cette paix si fragile, si pure, qu’on trouve quelquefois, avec la liberté, au fond d’un cachot, une charge de cavalerie, ou dans le dernier souffle. Cette paix si chèrement acquise qu’elle porte en elle le germe d'infinis combats…