Isabelle Rouge-Ducos, chartiste et spécialiste de l’Arc de Triomphe, présentait François Rude à la conférence de la Bibliothèque Marmottan du 14 avril dernier. Exemple idéal de la réussite par le labeur et parangon de l’artiste bonapartiste, bon républicain et bon patriote, la conférence replaçait Rude dans les perspectives politiques de Louis Philippe.
Né en 1784 , fils de forgeron, Rude apprend à Dijon le dessin, la Fable et l’Histoire et fait parallèlement son apprentissage de chaudronnerie. Prix de Rome en 1812, il s'enthousiasme pour l’épopée des Cents jours et passera dix ans en exil à Bruxelles après Waterloo. Il y rejoint les fidèles de l’empereur, mais aussi les conventionnels régicides parmi lesquels le peintre David et ne regagnera la France qu’en 1826. La Monarchie de Juillet lui permet d‘exprimer son attachement à la légende napoléonienne. Louis Philippe, roi des Français en 1830, se voit comme l’artisan de la réconciliation nationale entre monarchistes, bonapartistes et républicains. Fils de Philippe Egalité, il a combattu pour la République à Valmy et à Jemappes et décide d’achever les chantiers impériaux de la Madeleine et de l’Arc de Triomphe pour récupérer les gloires militaires de l’Empire. Il fait appel aux artistes pour orner les piliers. Rude propose plusieurs projets : La campagne d’Egypte, La campagne de Russie, La Guerre victorieuse, La Paix. Son étude du Départ des volontaires de 1792 est retenue, c’est aujourd’hui le plus célèbre des bas-reliefs de l’Arc de Triomphe.
Rude anime le plâtre, la pierre et le bronze. Sculpteur romantique, fidèle au mouvement historiciste, il exagère le mouvement d’après le réel. Pendant la grandiose cérémonie du retour des cendres de l’empereur, en décembre 1840, il reçoit commande d’une statue de Napoléon enchaîné à son rocher. Le sujet est si bien rendu que ses visiteurs pleurent d’émotion et qu'un vétéran arrache sa légion d’honneur pour la suspendre à la poignée d’épée en plâtre de son héros.
Trop vertueux, trop indépendant, les portes de l’Institut resteront fermées pour Rude. Lui qui n’aura pas connu les honneurs de son vivant sera vénéré par la troisième république. Peu lui importe il disait toujours « j’aurai fait de la sculpture dans un puits ».
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