En 1867, Richard Wallace, le plus célèbre collectionneur et philanthrope anglais de Paris, acquit, Le petit parc de Fragonard, lors de la succession de la comtesse Koucheleff. Aujourd’hui à la Wallace collection de Londres, cette petite huile sur toile représente, sur deux registres, une scène populaire à l’éclairage théâtral, et une perspective aristocratique lumineuse. Trois paysans, un couple et un jardinier, sont mis en scène devant la statue d’une femme gardée par des lions dans un grand parc abandonné…
Fragonard a peint ce tableau à Paris, deux ou trois ans après son premier grand voyage en Italie. Lauréat du Grand Prix de l’Académie royale de peinture, il résidait à Rome et venait de rencontrer Hubert Robert et l’abbé de Saint Nom. Amateur d’art fortuné, graveur et érudit, l’abbé avait loué en 1760 la Villa d’Este du duc de Modène, à Tivoli. Pendant des mois les trois amis dessinèrent des sanguines de ces jardins alors négligés, exemple parfait des « giardini delle meraviglie » avec leurs statues, perspectives, terrasses et, omniprésent, le chant des fontaines.
Quelques unes de ces sanguines sont entrées dans les collections du musée de Besançon. On retrouve sur la toile de Londres plusieurs éléments architecturaux de la Villa : statue de la Sybille de la fontaine de l’Ovato, niche et sphinx de la fontaine des Dragons, balustres et statues de l’Escalier de la Gerbe au registre supérieur. La scène animée reprend la composition des diseuses de bonne aventure des caravagesques mais le cadre est largement ouvert sur le paysage proto-romantique. La roue de brouette évoque-t'elle la roue de Fortune ? L’échelle un passage ? Dans sa grotte, la Sybille garde le secret des destins et l’accès d’un pays merveilleux dans lequel un couple s’éloigne… qu’il s’agisse d’une amourette ou du sens de la vie on ne connaîtra jamais le rêve de Fragonard mais, longtemps après, son bel été de la Villa d’Este conserve sa magie intacte.
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