Le Versailles sanctuaire d’aujourd’hui est bien différent de celui d’autrefois qui abritait plus de mille courtisans et une multitude de laquais, gardes, servantes, jardiniers, officiers, tournes broches et autres garçons frotteurs. William Ritchey Newton fait revivre les petits riens qui font toute la vie et l'aventure du quotidien : eau, éclairage ou chauffage.
La grande affaire à Versailles, c’est le logement. L’attribution des 226 appartements est un véritable casse-tête : changer un occupant entraine cinq ou six déménagements par un effet de dominos. Charges et offices étant effectuée par périodes, plusieurs personnes peuvent occuper le même logis simultanément et la promiscuité est de règle. Chaque prince du sang, arrivé à l’âge adulte, est doté d’une maison qu’il faut loger. Les archives conservent les courriers plaintifs ou impérieux qui réclament cheminées, miroirs et changements de fenêtres. Les cuisines privées, strictement interdites, pullulent en multipliant risques d’incendie et mauvaises odeurs. Les fourneaux clandestins piratent les conduits de cheminée et on jette sans scrupule les eaux sales par les fenêtres. L’infection est telle que tous les ans la cour part à Fontainebleau pendant le grand nettoyage général et la vidange de toutes les fosses du château.
L’extérieur du château a également bien changé. Les chevaux s’abreuvent dans la pièce d’eau des Suisses, les lavandières battent le linge dans le bassin de Neptune et sur le grand-canal, leur savon fait proliférer les algues. Les abords du canal sont irrespirables, tandis que les draps des princesses sèchent dans les contre-allées... Saint Simon, qui n’aime pas Versailles, trouve que le château a toujours l’air de bruler. En effet, pour ne pas abimer la symétrie, les cheminées ne dépassent pas les attiques des toitures et beaucoup d’appartements sont enfumés. Cordes de bois et fagots s'entassent sous les galeries, dans les sous-sols et sur les toits. Le gouverneur du château fulmine… qu’importe : C’est la vie !
Louis-Philippe a détruit beaucoup d’appartements après 1830 pour construire son Musée de l’Histoire de France. Ils avaient été désertés après le 6 octobre 1789 et le départ brutal de la famille royale pour les Tuileries. Ce jour là, Versailles, abandonné, s’endormait pour longtemps…
William Ritchey Newton - Derrière la façade - Vivre au château de Versailles au XVIIIe siècle - Editions Perrin


