L'e-book va prendre des parts de marché au livre de poche

JOHN MAKINSON LE PDG DE PENGUIN BOOKS
«L'e-book va prendre des parts de marché au livre de poche»

John Makinson est le PDG de Penguin Books, l'un des éditeurs les plus importants et les plus prestigieux au monde. Alors que se tient à Paris le Salon du livre, il explique aux « Echos » pourquoi il considère que le numérique est une opportunité pour Penguin et pourquoi les premières éditions « à couverture dure » (« hard cover »), sur lesquelles repose l'économie de l'édition anglo-saxonne, devraient rester appréciées du public.


Le format numérique est-il une opportunité ou une menace pour Penguin ?

Je pense que le numérique est une opportunité. Le magasin en ligne qui accompagnera l'iPad nous mettra en contact avec 150 millions de personnes, dont certains sont des nouveaux clients potentiels. Le numérique permet de nouvelles formes de contenus. Nous avons récemment montré une vidéo avec des livres pour enfants interactifs sur iPad qui a fait sensation sur le Web. Et il y a des opportunités de nouveaux modèles économiques : abonnements, location, paiements par extraits, etc. Et en plus, on économise sur la fabrication et le stockage, qui représentent 10 % du prix d'un livre.

 

Le livre imprimé va-t-il peser moins lourd dans l'ensemble de vos ventes ?

Le livre lui-même est en bonne santé. Les gens aiment lire des livres, les échanger, les offrir et il y a un attachement sentimental à l'objet. D'autres loisirs n'ont pas cette chance. Donc, bien sûr, les livres numériques vont capter une part de la demande. L'électronique sera notamment adaptée aux livres pour enfants, aux guides de voyages, aux livres de médecine, etc., même s'il y a des opportunités d'inclure du multimédia dans la littérature et les essais. Mais en additionnant livres numériques et papier, il y aura de la croissance. Je vois l'e-book comme un autre format, un peu comme le livre de poche (un segment sur lequel Penguin a été pionnier dans les années 1930, au grand dam des éditeurs classiques, NDLR). C'est pourquoi il faudra considérer les droits des livres physiques et numériques ensemble.

 

L'économie de l'édition anglo-saxonne repose sur les livres « à couverture dure ». Ce segment est-il menacé ?

Selon moi, le format « hard back » va plutôt bien résister et l'e-book prendra des parts de marché au livre de poche, même si nous n'avons encore que peu de données. C'est bon pour notre industrie, même si je me garderai d'afficher trop de confiance dans ce domaine, à ce stade.


Un éditeur pourrait-il s'allier à un producteur de contenus vidéo ?

L'iPad va être une expérience intéressante, même s'il n'est pas si facile techniquement d'y inclure des vidéos. A terme, je souhaiterais que tous les auteurs de livre électronique fassent une introduction vidéo de leur livre. On peut également inclure d'autres images, type archives…

 

Pourquoi ne pas également distribuer l'adaptation cinéma de certains romans ?

Ce que nous faisons déjà en partie. Le vrai problème sera le suivant : qu'est-ce que l'acheteur voudra payer ? Demander à Pixar de développer des animations pour nos livres d'enfants coûtera beaucoup d'argent. Je ne suis pas sûr que le public soit prêt à payer pour cela. Il nous faut tester son appétit.


Il va être facile de pirater les livres, notamment les best-sellers, sur lesquels repose l'économie du livre. Quand les lecteurs électroniques seront devenus un produit grand public, ne craignez-vous pas que ce phénomène prenne de l'ampleur ?

Nous restons vigilants et nous améliorons nos systèmes de protection. Mais le problème est mineur aujourd'hui, bien que le piratage soit déjà aisé. Je ne pense pas que cela devienne un problème significatif, sinon ça le serait déjà. Le non-respect des droits d'auteur pour des livres papier, notamment en Inde, est un plus gros problème que le piratage numérique. Il y a à cela des raisons techniques. Mais il y a une raison psychologique. Il est très « cool », si vous êtes un adolescent, d'avoir 20.000 morceaux sur votre iPod. Ce n'est pas « cool » d'avoir 10.000 e-books. Il n'y a pas cette mentalité de « playlist ».


Craignez-vous d'être prisonnier d'un cartel de distributeurs en ligne ?

Non, l'arrivée d'Apple sur le terrain d'Amazon a donné plus de poids aux éditeurs. La concurrence s'installe. En outre, l'avantage du numérique est que les éditeurs ont une relation plus directe avec le consommateur. On peut faire des expériences avec les prix et on a accès à des données. Enfin, dans le cadre de l'accord trouvé avec Apple, ce dernier prend 30 % du prix du livre électronique alors que les distributeurs physiques prennent 50 %. La proportion est meilleure pour nous, même si le prix va être plus bas. Il devrait trouver un équilibre autour de 12,99 dollars, la moitié du prix d'un « hard cover ».


PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLAS MADELAINE, Les Echos