Tout amateur d’art décoratif connaît le nom d’Androuet du Cerceau, ses recueils d’ornements et de grotesques se sont transmis de générations en générations dans les ateliers d’orfèvres, d’ébénistes ou de sculpteurs. Copiés à outrance au XIXe siècle, les chercheurs se consacrent aujourd’hui à retrouver dans les inventaires de collection, les châteaux, sur les meubles, les émaux ou les faïences, les décors originaux de cet artiste protestant et humaniste.
L’exposition de la Cité de l’architecture, présente son travail d’architecte et l’inestimable documentation qu’il a réunie dans son chef-d’œuvre Les plus excellents bâtiments de France publié en 1576 et en 1579. Nous sommes invités à une promenade au cœur de la Renaissance, de François Ier à Henry III, dans cette France des Valois ou les rêves d’Italie éclairent les demeures féodales. On ne reconnait alors pour maître que Vitruve, un architecte du Ier siècle de notre ère. Jacques Androuet du Cerceau a l’idée géniale de concevoir des demeures par modules selon un principe de symétrie qui préfigure les merveilles architecturales du Grand-siècle. Ce travailleur infatigable qui a fait ses classes avec les italiens de l’école de Fontainebleau veut construire « à la française » et plus selon les manières d’« estranges pays ». Androuet met l’homme au cœur de ses projets, son œil survole les bâtiments, il trace des vues en contre-plongée ou latérales : son approche est scientifique. Ses fils et petits-fils se la transmettront et édifieront entre autre le pont neuf, l’hôtel de Sully et le Palais du Luxembourg.
Gravures, dessins, maquettes, écrans multimédias, agrandissements, autant de moyens pédagogiques et ludiques pour explorer ses projets les plus fantaisistes avec colonnades d’élephants, toits pagodes et palais ziggourats… et les plus concrets comme la galerie des Tuileries dont on suit l’évolution du XVIe siècle jusqu’à sa destruction par la Commune en 1871.
Ulysse, le héros voyageur, inventeur du cheval de Troie, auquel s’identifiait François Ier, accueille le visiteur de l’exposition, quel meilleur introducteur pour le travail d’Androuet du Cerceau, si complètement inscrit dans l’aventure de la Renaissance, qui revient à l’antique pour mieux inventer l’avenir.
Cité de l'architecture & du patrimoine - Trocadéro - du 10 février au 9 mai 2010


